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L’argent-loi ou la culture XXS

Et voilà, bye bye La Maison de la Presse de la Place Masséna ! Probablement la meilleure librairie de Nice. Une institution avec ses 3500 références de presse et 20 000 pour ce qui concerne les livres généralistes. L’offre la plus exhaustive en titres de presse de la 5ème ville de France. Le dernier numéro de « Je-collectionne-les-capsules-de-bière » ? Au fond à droite, Monsieur, sur la deuxième rangée. Le seul libraire niçois qui ne me prenait pas pour un original quand je lui demandais le dernier « Stratégies » n’était pas seulement le champion de l’offre presse toutes catégories, c’était aussi un pro de l’ambiance. A chaque fois, un bouillon de culture aux p’tits oignons dans cette ambiance non chartée propre aux indépendants. Mais bon, ce que j’annonce là n’a rien d’un scoop. Oui, j’avais raté le papier de Nice Matin qui annonçait, visiblement tout aussi ému que votre serviteur, ni plus ni moins que « la fin d’un mythe ». Pour avoir raté cet article, je me suis retrouvé la semaine dernière en arrêt devant les façades provisoires du nouvel  occupant : l’enseigne Diesel. En découvrant le remplaçant de mon libraire préféré, j’y ai vu comme un signe. Oui, Diesel est donc cette activité qui vient un peu plus polluer nos rues commerçantes d’enseignes sans âmes et sans états d’âmes. Ainsi, il se passe donc à Nice exactement le même phénomène qu’à Paris depuis plusieurs années : la fringue dézingue la culture. Oh, bien sûr, chacun est libre d’acheter et vendre comme il l’entend… Sauf que La Maison de la Presse n’a pas vraiment eu la liberté de rester. A la dernière expiration du bail, le propriétaire des murs s’est juste passablement échauffé dans la réévaluation de ce dernier. Ici à Nice, le marché immobilier fait perdre la tête a plus d’un rentier. Bref, voilà donc comment le fric n’en finit pas de dicter sa loi, et comment cette loi s’exprime vers le moins-disant culturel.

Tout ça n’est pas nouveau me dira-t-on. Certes, mais cela s’aggrave me semble-t-il, dans le plus parfait cynisme, avec la plus grande décomplexitude. Tu as raison cher Bohringer, les politiques d’aujourd’hui ne sont que des « prestataires de service ». Au service de la finance mondiale et de la gestion des dettes. Et qu’on ne te taxe pas de populisme quand Chirac lui-même disait que « les hommes politiques ne sont que des gardes-barrières qui regardent passer des trains qui ne s’arrêtent jamais ». Oui, l’argent dicte sa loi au roquet Sarkozy comme au Barbapapa Hollande. Il fait tellement la loi aujourd’hui que tous nos repères s’en trouvent chahutés : le soi-disant subversif Grand Journal invite Nabilla sur son plateau, « Non-mais-allô-quoi » a été déposé à l’INPI, les hommes politiques jouent à qui perd-gagne avec leur patrimoine, Ayrault nous la joue baba-combi,… Une chose est limpide pour une grande majorité de citoyens : Hollande a fini par caler ses pas dans ceux de Merkel, les feuilles d’impôt des ministres ne seront pas publiées, la névrose européenne du 3% de déficit public devrait finir par étouffer toute velléité de reprise. A Nice, l’association Arbre, très active localement en matière d’insertion sur des projets environnementaux, attend depuis des mois près de 400 000 € pourtant débloqués par le Fonds Social Européen. Pour d’obscures raisons, compréhensibles uniquement par les fonctionnaires du Château, l’Etat qui perçoit cet argent n’a en effet toujours pas reversé ces fonds à l’ASP (Agence de Service et de Paiement). Certains stagiaires en insertion de cette association dorment dehors et vivent d’expédients. Mais préfèrent encore apprendre un métier que toucher le RSA. L’argent-loi s’occupera d’eux plus tard… Existe-t-il dans ce pays des citoyens à jeun pour guetter encore une politique de gauche ?

Pour ceux qui en doutaient encore, la loi de l’argent n’a pas de couleur politique et se fiche éperdument des choses de l’esprit. Je veux dire que l’argent en 2013 ne fait même plus semblant d’élever le débat. L’important c’est de faire des « expériences fortes ». Et cela grâce à vos nouvelles fringues hype, vos jeux en 4D, vos réseaux sociaux à plus de 1000 fans, vos adultères numériques de chez collégien d’avant… Comme nous interpelle si bien la marque-philosophe Diesel dans ses spots télé, la question aujourd’hui est : « Are you alive ? ». Avis au blogueur ronchon du jour, Diesel c’est pas une marque de cultureux, c’est une marque qu’elle-est-bien-pour-les-gens-qui-ont-un-physique-et-un-look-et-un-portefeuille. Only the brave ?

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