Marecage.

Eaux de mars…

Détrempé comme nous tous par cette pluie de saison que plus rien ne semble devoir arrêter, noyé pareillement sous des trombes d’infos plus déprimantes les unes que les autres (chômage érectile, CRS vs pitchoun, US vs Corée, Obama vs NRA, Nan-mais-allô-quoi, les nouvelles caramblagues…), j’ai repensé à ce poème que j’avais écris il y a presque un an : Delta. Il devait faire bien humide alors, également, vu l’ambiance générale du texte. Mais surtout, comme Anne Sinclair tout récemment dans le Huffington, il est fort probable que je n’en pouvais plus au point de m’en remettre à la dernière liberté qui peut parfois nous rester :  la posture de l’observateur. Ah oui, selon les astres, je suis un signe d’eau paraît-il…

DELTA

Je me tiens depuis toujours à l’embouchure des fleuves,

Immobile saurien attentif aux effluves,

Docile précambrien sondant les remugles,

Rescapé émacié de millions de déluges.

Bien des limons, bien des têtes, ont roulé dans ces deltas,

Fécondant les terres, régénérant l’Histoire,

Ires de Déméter et carmins coups d’état,

De morbides alluvions nourrissent les abreuvoirs.

Pétrifié et muet depuis l’aube des mondes,

Par ce mystère épais d’un vivifiant immonde,

Je me tiens là, dans cette conscience du tréfonds,

Guettant la vérité que charrie cet éternel bouillon.

(Nice, 30 avril 2012)

Illustration : « Marécage », oeuvre de l’artiste peintre Maryse Legrand que je tiens à remercier à nouveau ici (oeuvres plus récentes sous le pseudonyme Mysane)

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