Archives mensuelles de janvier, 2013

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Maître ou pas maître, telle est la question…

La nouvelle est officiellement tombée la semaine dernière : le Doshu Moriteru Ueshiba, vient de décerner à Daniel JEAN-PIERRE le titre de Shihan du Hombu Dojo. Avant de perdre définitivement mon petit cercle de lecteurs dès la première phrase, une rapide explication de texte s’impose.

Shihan représente le plus haut niveau de distinction pour un professeur d’Aïkido au Hombu Dojo de Tokyo ; et Doshu est le titre attribué au petit-fils du fondateur de cet art martial créé par Morihei Ueshiba au début du siècle dernier. Voilà pour le contexte. Quant à l’événement, il est loin d’être anodin : seuls trois enseignants en France ont reçu cette distinction suprême, Christian Tissier étant le plus médiatique. C’est donc un événement majeur pour le modeste pratiquant que je suis, car Daniel Jean-Pierre est aussi… mon professeur. A vrai dire, un enseignant qui hérite de ce titre s’apparente dès lors davantage à un maître d’arts martiaux qu’à un professeur lambda. En ce qui concerne Daniel JEAN-PIERRE, cette carrure de maître n’a pas attendu l’officialisation d’un tel titre. Il y a derrière cet homme-là 50 ans de pratique, dont 30 ans d’enseignement. Et surtout un style de transmission qui séduit et convainc aux 4 coins de la planète : de la Colombie au Maroc, du Brésil à Madagascar. Je savais donc depuis longtemps que disposer d’un tel enseignement à 10 mn à pied de chez moi était un privilège. Oui, mais voilà, que met-on derrière le mot maître quand on décide de parler de maître d’art martial ? Petite contradiction peut-être pour un blog qui a fait de la liberté son fil rouge, non ? Que nenni.

Je vais tâcher de faire court, car le sujet a été abondamment exploré, et cela depuis très longtemps. L’étymologie latine (magnus) fait de l’expression « Grand Maître » soit un pléonasme soit l’antichambre des dieux. Et la première définition du Larousse abonde en ce principe de domination : « personne qui exerce un pouvoir, une autorité sur d’autres, un animal domestique, qui a la possibilité de leur imposer sa volonté, qui dirige ». Vu comme cela, la position du maître ne peut pas ne pas être suspecte. Il fut un temps, pas si lointain, où les maîtres avaient des esclaves ou, plus récemment encore, appliquaient en toute légalité les châtiments corporels aux élèves perdus dans la table de 7. A toutes les époques, des « maîtres à penser » ont habilement manipulé des disciples hypnotisés par les subtils discours de « celui qui dissipe les ténèbres » (traduction littérale de guru). Oui, mais c’est oublier la dimension de maîtrise qui y est attaché.

Car, loin de l’image de la maîtresse femme du SM, experte dans le maniement du fouet, il y a surtout celle de l’expert(e) en son art. Qu’il s’agisse du troisième degré maçonnique (après celui de Compagnon) ou du statut d’international dans les échecs, il suppose surtout une connaissance approfondie, supérieure et sûre d’une technique, d’une discipline, d’un art. Toute la question est de savoir à quel stade de maîtrise l’artisan luthier, le professeur de fleuret, où celle qui officie dans la cérémonie du thé bascule dans le statut de maître. Pour avoir souvent évoqué le sujet autour de moi, il ressort des diverses expériences de chacun, un critère fiable de référence : le naturel. Quelle que soit la discipline ou technique pratiquée, le maître est arrivé à une gestuelle d’une déconcertante simplicité, à une expression d’un naturel et d’une spontanéité désarmants. Raison pour laquelle un maître, qu’il s’exprime avec des pinceaux sur un chevalet ou en kimono sur un tatami, est toujours un artiste.

Quoi, tout ce laborieux travail de répétition quotidien pour arriver à une telle économie de mouvements, à une telle épure des gestes, à un mouvement à la portée d’un enfant ! Toutes ces complications, ces détours, cette rééducation pour parvenir à ce non-évènement : faire sans faire. Eh oui ! C’est ça pour moi un maître : un homme qu’il convient de venir regarder jour après jour, sans quoi vingt fois sur le métier remettre son ouvrage est un projet sans cap. C’est d’ailleurs la traduction littérale de Shihan en japonais : modèle.

Il faudrait développer bien sûr, et dire notamment qu’un vrai maître n’est précisément pas un tyran, ni même un directeur de conscience. Comme pour les coachs (les vrais !) son rôle est avant tout un rôle d’accompagnement : il s’agit d’étayer et non pas de monter les murs à la place de l’élève. Souvent, il n’a pas besoin de trop en dire, trop en faire… Il sait trouver naturellement l’équilibre entre bienveillance et rigueur. Un maître est un pédagogue.

Voilà. C’est dans cet esprit que je parle de mon professeur d’Aikido comme d’un maître. Et uniquement dans celui-là. Enfin, c’est en adepte non contraint du respect dû au talent, aux anciens, aux saints hommes et aux saintes femmes, que je considère le fait de s’incliner pour saluer comme un signe d’humanité et non de soumission. Et ce d’autant plus que le professeur/maître en face fait de même. Cette culture du salut est aussi respectable que la bonne vieille poignée de main française.

Et pour bien vous assurer que ce post n’est orienté ni par la servilité ni par l’aveuglement, je finirais par ce très bon mot de Jean-Baptiste Massillon : « Quiconque flatte ses maîtres, les trahit ».

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Après la pluie…

Aujourd’hui, retour du ciel bleu sur Nice, après un week-end de déluge. Comme une envie de vous faire partager ce poème de Ryokan. Très belle et légère semaine…

La pluie a cessé, le ciel est dégagé, le temps est beau.

Le coeur est pur, les choses du monde sont pures.

En quittant les considérations et le corps, devenant un homme oisif,

pour la première fois je passe le restant de ma vie avec la lune et les fleurs.

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