2012-12-01 13.10.52 copie

Une coccinelle en novembre…

Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille ! Depuis plus d’une semaine, il pleuvait donc sur Nice. Et moi, quand il pleut comme ça, j’ai l’enfance qui me titille. Comme une grosse envie de sauter à pieds joints dans les flaques. Sous ce déluge à vous déprimer le plus jovial des niçois, j’ai eu l’occasion l’autre matin de tester un niveau de liberté beaucoup plus important qu’on ne le croit : la liberté à l’égard de notre (ou de nos) personnage social, le fameux masque de la Persona. Comme le montre si bien le film Mask, il n’a pas son pareil pour prendre le contrôle quand bien même on voudrait l’arracher. La Persona qui est certes aussi ce nécessaire état de dignité qui différencie l’adulte de l’enfant. Oui mais depuis l’analyse transactionnelle, tout le monde sait qu’un enfant sommeille en nous qui réclame régulièrement sa part d’expression.

Voilà que ce matin-là donc, alors qu’une pluie battante n’en finissait pas de détremper la ville, je me retrouve en panne de parapluie au moment de partir en rendez-vous clientèle. Pas une vraie panne à vrai dire : le petit, tout petit, parapluie de l’enfance de mes fils est là qui me regarde avec ses deux gros yeux de petite bête à bon Dieu : c’est un parapluie-coccinelle. Est-ce que je m’attarde en états d’âme sur le sens du ridicule ? Que nenni ! Aucune hésitation de ma part : arriver sec est une priorité. Et surtout : le « swag » a toujours été le cadet de mes soucis.

Dès les premiers mètres, je sens sur moi le regard des autres, malgré l’empressement de chacun à échapper au feu nourri des (grosses) gouttes. Avec ma dégaine d’homme apparemment mature, de « daron respectable », je sens bien que je provoque quelque chose comme un effet koan. Comme dirait Jazzy Bazz : « y a un truc qui cloche, frère ! » Mais cela fait naître aussi beaucoup de sourires. Chez les enfants plus facilement, mais aussi, par ricochet, chez leur maman. Aurais-je découvert, moi aussi, un truc-à-fille ? Un truc tabou, assurément, car je savoure surtout la liberté de ne pas coller au personnage, ni probablement au décor. C’est bon ! Cette rupture avec le diktat de la dignité est certainement la mécanique des gags tarte-à-la-crème : créatrice de joie. Au bout du compte, l’idée n’est pas tant de régresser pour régresser que de savoir s’affranchir des rôles et s’autoriser cette spontanéité de l’enfance qui se moque éperdument des plans de table. Pour un enfant, il n’y a pas d’endroit ni de moment spécifique pour chanter, danser, battre des mains, rire, pleurer, s’émerveiller, contempler… La tyrannie intérieure de l’ego n’a pas encore figé les comportements.

Ce coup du parapluie me renvoie à un autre épisode de ma vie quand, jeune père, j’accompagnais mes fils à leur petite école de quartier. Ils aimaient souvent faire l’aller en trottinette. Ces jours-là,  je rentrais donc chez moi avec cette dernière : pas sous le bras mais de la même ludique façon, grâce notamment à un guidon téléscopique (oui, on avait du bon matériel). Je me souviens avoir expérimenté les mêmes types de regards que tout récemment avec mon petit parapluie rouge à points noirs. Une chose m’a bien vite rassuré : dans les années qui ont suivi, j’ai pu constater une recrudescence des parents adeptes du trajet-retour en trottinette-du-pitchoun.

Derrière nos postures, il y a souvent des impostures. Merci petite pluie de novembre (enfin, longue quand même), grâce à toi j’ai retrouvé bien plus qu’un souvenir de père : une fraîcheur d’être. Ce samedi matin, un beau soleil éclairait enfin le ciel de Nice. Un soleil fort peu éblouissant du reste. Etait-il donc nécessaire d’aller immédiatement se cacher, se réfugier, derrière des lunettes noires comme tant de personnes aperçues sur la Place de la Libération ? Non, très peu pour moi le look vraie-fausse-star : puisse cette coccinelle de novembre faire encore longtemps mon printemps…

Publicités