Les non-choix de la rédaction…

Contrairement au mariage gay ou au pilonnage de Gaza, il est une cause qui ne fait pas débat : la liberté de la presse. Un nombre toujours trop important de journalistes y laissent chaque année leur vie pour qu’on ait décemment envie d’ergoter sur le sujet. Une liberté de la presse qui semble si évidente en France. Je souhaiterais juste apporter ici un petit bémol à cet auto-satisfecit à la française. Je voudrais faire valoir ma liberté sans la presse…

D’abord contre cette uniformité qui est une insulte à ce métier par où j’ai commencé en 1990. Tant de titres apparemment différents, de groupes a priori concurrents, de « lignes éditoriales » visiblement si tranchées. Tant de médias possibles… Et pourtant toujours les mêmes bien-nommées « Unes », les mêmes actualités réduites à moins de 10 événements sur le 20h, les mêmes reportages parfaitement synchrones dans leur publication… Sans parler des mêmes phrasés appris dans les mêmes écoles, les mêmes formatages… L’attaque indirecte des éditeurs de presse contre Google ne changera ni ce constat ni la lente et inéluctable érosion de leurs audiences. Lire à ce sujet l’excellent post du fort peu politiquement correct blog hastable Pignouferies de presse ou comment « frappée de médiocrité, la presse traditionnelle le fait payer à Google ».

Au-delà de cette lassante uniformisation des sujets, qui se la joue irrévérence et vrais-faux-match-des-éditorialistes, au-delà de ce très uniforme bruit médiatique : il y a aussi le choix très discutable dans la hiérarchie de ce qui est important pour moi comme pour mon voisin. Disons-le sans détour : je me fous de la D1, de ces petits millionaires capricieux qui font mumuse avec un ballon entre deux virées canailles. Qu’un chroniqueur sportif, surexcité artificiellement pour que je le sois par contagion, m’annonce que « le PSG est en crise pour avoir perdu à domicile » me laisse froid. Ou plutôt me choque tant il me semble que ne pas accepter la défaite soit intrinsèquement contraire aux valeurs du sport : quelque chose que l’on peut tolérer chez un enfant, pas chez un adulte qui tient conférence de presse chaque semaine.

Je ne comprends pas non plus qu’on puisse envisager égalité de « Une » entre la manif des cathos et le scandale de Gaza. Le mariage, soyons clairs, tout le monde s’en fout complétement. Personne ne leur a expliqué à ces bons petits soldats de l’information qu’ici on n’est pas aux States : les femmes chez nous ne deviennent pas hystériques, comme dans « Friends », si le mot mariage vient anodinement se placer dans la conversation. Ici, le concubinage (l’union libre n’a pas d’existence juridique), ça marche très très bien, croyez-moi. Selon les dernières statistiques, le mariage est à la baisse. Avec un pic de divorce dans la 5e année : deux années de redescente plus ou mins douloureuse, donc, puisque l’amour ne durerait que 3 ans. De toutes façons, comme le dit si bien (si crûment) Virginie Despentes dans sa réponse dans le magazine Têtu au joyeux drille Jospin : « L’institution du mariage, on ne la dévoiera jamais davantage que ce que vous avez déjà fait. Dans l’état où on le trouve, le mariage, ce qui exceptionnel c’est qu’on accepte de s’en servir ».

Le mariage gay est un non-événement parce-que 65% des Français y sont favorables (Sondage IFOP, Octobre 2012), même si 100 000 dinosaures qui défient dans les rues cette idée progressiste pensent peser dans la balance. Etre contre le mariage gay, c’est être contre les gays, à moins d’ignorer que, en 2012, il existe des hommes et des femmes qui partagent leur lit, leur maison et leur quotidien avec une personne du même sexe. Ils ne sont pas menacés d’excommunication républicaine que je sache ? En France, en tout cas, ils ne sont ni fouettés sur la place publique, ni enfermés, ni lapidés, ni taxés. Et ils auraient des droits différents ?

Samedi, 100 000 personnes ont donc manifesté contre le mariage gay. Autant qu’en 1999 contre le Pacs, qui mobilisait déjà les anti-mariage homo. Plus de 10 ans plus tard, le Pacs est entré dans les moeurs, contracté majoritairement par des hétéros. Mieux : il est en constante progression quand le mariage poursuit son lent déclin. Ca valait bien la peine de brandir sa bible et de monter tout ça en épingle…

Voilà. Ma liberté sans la presse, c’est d’éteindre mon poste de télé ou de bouder les hebdos quand cette presse, dite libre, est en mal de sensations (traduisez : d’audience, bien sûr !), et reprend à l’unisson les sujets dont tout le monde à vrai dire se fout éperdument. Ou indifférerait certainement au plus haut point si on ne les faisait pas tant mousser. Or donc, 65% des Français sont pour le mariage gay. Et selon l’INSEE, si en 1960, 9 enfants sur 10 naissaient dans le cadre du mariage, aujourd’hui seul un enfant sur deux voit le jour à l’intérieur de cette soi-disante sacro-sainte union. Vous voyez, chers journalistes des « médias traditionnels », et chers culs bénis au passage, pour banaliser ce qui vous électrise, force est de constater que les chiffres aussi sont têtus…

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