Politique : de petites différences contre l’indifférence

Je poursuis sur ce blog une discussion commencée sur Facebook. Comme quoi, il faudra bien arrêter de toujours suspecter FB d’inanité. Bref, il était question d’une photo « likée » par votre serviteur: Obama réconfortant dans ses bras une sinistrée de Sandy (illustration ci-avant). Entre Obama et Romney, les images qu’on nous propose actuellement sur les chaînes du monde entier ne laissent aucun doute : la machine du storytelling fonctionne à plein. Sur le terrain, nul doute que les hasards de la météo profitent actuellement au candidat sortant : il a les moyens d’agir quand son concurrent ne peut que donner de l’écho, les bras ballants, sur le registre de la charité et de l’Amérique unie. Difficile d’avoir à enfoncer des portes ouvertes quand on attend une rhétorique implacable sur le soi-disant fiasco Obama.

Sur certaines de ces images, la tentation est forte de créditer l’apparente compassion aux scripts de campagne. Cette femme blanche effondrée chaleureusement soutenu par un président black touché : too much ? Comme je le disais à mon interlocuteur sur FB, il me semble que pour l’ex-travailleur social, promoteur d’un très courageux car très impopulaire dispositif de Sécurité Sociale à l’américaine, plus sensible à l’intégration des migrants que tous ses prédécesseurs, il est possible d’envisager sur cette photo un mouvement de compassion sincère. Une empathie a priori un peu plus authentique que son concurrent au profil Actors Studio, ex-mormon devenu golden boy.

A vrai dire, tout est dans ce « un peu plus ».

Aux states comme en France, en Grèce comme à Madagascar, qui pense encore sérieusement qu’il puisse exister un « Homme providentiel » pour changer les choses ? Dans un entretien accordé au Journal du Dimanche paru hier, Hubert Védrine, ancien ministre socialiste des affaires étrangères, répond à la question « Qui gouverne le monde ? » par « personne ». Il nous reste donc ce « un peu plus » qui est notre espace de liberté pour choisir the right man. Je ne crois pas comme Bergson que choisir ne soit qu’exclure. Choisir c’est aussi adhérer. Y compris en 2012. Ce choix, cette liberté, à la veille de la fin du monde, se loge de plus en plus dans du peu. Plus question de valider l’intégralité d’un programme, de prendre le bonhomme comme le chef idéal d’un parti qui a tout juste. Non, je crois comme Michel Onfray « qu’il n’existe plus un lieu de pouvoir unique et identifiable, du genre l’Etat bourgeois, mais des foyers de pouvoir disséminés partout, une configuration qui oblige à renoncer au mode révolutionnaire sur le principe bolchevique et conduit à de nouveaux modes de résistance, notamment les microrésistances aux micropouvoirs (…) ». Pour le philosophe, nous sommes invités aujourd’hui à « faire la révolution sans prendre le pouvoir » (Extraits de son dernier ouvrage Rendre la raison populaire, Editions Autrement). L’enjeu est donc de savoir choisir des gouvernants aptes et enclins à accompagner le plus favorablement possible ces nouveaux foyers de pouvoir.

Ne méprisons donc pas la force du « peu ». Ni sa liberté. Ne sous-estimons pas le potentiel d’une insignifiante différence. Dans un monde en total déséquilibre, c’est ce petit, ce tout petit supplément d’âme, niché au sein des plus grandes contradictions, qui constitue, pour l’indécrottable optimiste que je suis, le principe de réalité des valeurs progressistes du XXIe siècle. Comme je le dis sur le ton de la boutade en rubrique « Qui suis-je », on m’a déjà vu voter. Oui, je me suis remis à voter quand j’ai accepté que ce « peu » permettait de voir grand. Bref, c’est la conscience du pouvoir de ce « peu » qui m’a fait préférer l’isoloir à l’isolement…

Crédit photo : L.Downing/REUTERS
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