Circulez, y a rien à viser !

Oui, c’est pour moi (et ce blog !) la grande nouvelle de la semaine : exit le carnet de circulation pour les gens du voyage !

Hier, le conseil constitutionnel a procédé à l’abrogation de cette disposition inique qui imposait à toute personne de plus de 16 ans, vivant depuis plus de 6 mois en résidence mobile et ne disposant pas de ressources régulières, un « carnet de circulation » devant être visé tous les 3 mois dans un commissariat ou une gendarmerie. Ce dernier ayant remplacé le carnet anthropométrique lui-même abrogé en 1969. Circuler sans ce carnet pouvait en coûter jusqu’à un an de prison ! Saisi d’une QPC (Question Prioritaire de Constitutionnalité », le Conseil Constitutionnel en supprimant ce carnet et ses contraintes a eu des arguments qui sont pourtant à la base de la déclaration universelle des Droits de l’Homme : « différence de traitement », « atteinte disproportionnée à l’exercice de la liberté d’aller et venir ». Tout de même, le temps qu’il faut aux être humains pour que le droit le plus élémentaire (fondamental ?) infuse au plus haut niveau…

Oui, je me réjouis. Comme je me suis réjouis en 1992 du vote d’une loi appliquée 2 ans plus tard, dans le cadre du nouveau code pénal, mettant un terme au fameux délit de vagabondage.  Rappelons qu’il suffisait de réunir 3 conditions pour être emmené  au poste et risquer de 3 à 6 mois d’emprisonnement : ne pas avoir de domicile « certain », ne pas disposer de moyen de subsistance et ne pas exercer de métier et/ou profession.  Les nomades n’étaient donc techniquement pas des vagabonds. Et la catégorie juridique des « gens du voyage » a été créée en 1972.

Je me réjouis, donc. Tout autant d’ailleurs pour l’abrogation dans la foulée de la disposition imposant à ces mêmes gens du voyage l’obligation d’être inscrit plus de trois ans dans une commune pour pouvoir voter. Contre six mois pour les sédentaires. Mais, il faut rester vigilant. Le « livret de circulation », lui, est maintenu qui impose aux nomades un visa annuel. Les Sages considère que cette disposition est tout à fait compatible avec le principe d’égalité et de liberté de circulation des personnes.

Voilà, le « passeport pour l’intérieur » napoléonien n’est donc pas tout à fait enterré, et l’itinérant reste une espèce sous surveillance. Le nomade est potentiellement un asocial. Sans racine égale « mauvaise racine ».

Quant aux vrais vagabonds, qu’il s’agisse des romantiques sur les traces de Jack London ou qu’il s’agisse des itinérants de la misère, n’oublions pas que le Conseil Constitutionnel accueille précisément depuis cette année comme pensionnaire un certain Nicolas Sarkozy. Lui, Président, envisageait très sérieusement le rétablissement du délit de vagabondage supprimé en 1994. Nous étions en 2008 et les tentes fleurissaient sur les quais de la Seine. S’il y a de la vague dans l’étymologie du vagabond (du latin « vagus »), il y a surtout du terrain-vague.

N’oublions pas enfin que, depuis 1994, beaucoup de municipalités ont réagi à cette dépénalisation de l’errance à coups d’arrêtés anti-mendicité. Dans d’autres cultures, le mendiant est considéré comme une occasion de s’élever par le don. Sur le plan moral, le gagnant n’est pas celui qu’on croît. Autres calculs loin des anathèmes anti-assistés.

Liberté de vivre dehors plutôt que dedans, de vivre de peu plutôt que de tout, de vivre inconnu à cette adresse plutôt que reconnu par sa plaque : une soi-disant liberté qui a surtout un prix. Pseudo-liberté en effet pour beaucoup, subissant brutalement les crises d’ici comme celles d’ailleurs. Le courage de ce vagabondage-là, les croquants en ignorent la réalité quotidienne. Il ne savent qu’une seule chose : au fichage sans prétention, ils ont mauvaise réputation…

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