Archives mensuelles de octobre, 2012

La gratuité, une utopie payante

A la station de Tram de mon quartier, une affiche publicitaire proclamait ces derniers temps « Liberté, Egalité, Rocher ». Je méditais depuis quelques jours un post bien senti sur le thème de la révolution de palais quand je suis tombé sur le savoureux post du fort délectable blog d’une consœur conceptrice-rédactrice : voustombezpile

Sauvé par « Le Monde Diplo » du mois d’octobre, je décidai de rebondir sur une autre campagne, moins récente, qui travaillait elle plus sérieusement sur une utopie qui fait son chemin : la gratuité. Le 15 mai 2009, la communauté d’agglomération Pays d’Aubagne et de l’Etoile inaugurait la gratuité des bus autour d’un claim audacieux : « Liberté, Egalité, Gratuité ». Contrairement à la surpromesse de la friandise qui voulait être aussi républicaine que le sans-culotte, cette campagne est la traduction créative la plus naturelle d’une stratégique « promesse d’un nouveau contrat social ». Il s’agit bel et bien de revendiquer que « la gratuité est une affirmation de la souveraineté populaire sur l’usage des moyens publics. »

Les anglais, dans cette efficacité linguistique qui leur appartient ont le même mot pour liberté et gratuité. Un mot dont l’opérateur-agitateur Free a fait une marque autour d’une philosophie d’hyper-accessibilité en rupture avec celle de ses grands concurrents.

Pour ou contre la gratuité, telle est la question. Elle fait débat y compris dans les obédiences politiques les plus progressistes. Derrière cette résistance tenace au principe de désintéressement dans les rapports humains, un archétype qui nous vient de très loin : tout se paie. On n’a rien sans rien ma bonne Dame ! Les échanges entre les hommes ont été immédiatement marqués de l’arithmétique implacable de la réciprocité. Je me souviens de funérailles à Madagascar où la famille du défunt faisait le décompte scrupuleux de chaque enveloppe de soutien sans gêne aucune. Pas question d’être pris en défaut le jour où il faudra rendre la politesse ! Cette mécanique de précision anthropologique fonctionne aussi les mauvais jours quand la loi du talion encourage la rigoureuse équivalence des dégâts corporels : œil pour œil…

En ce qui concerne la gratuité des transports en commun, elle est techniquement possible pour les agglomérations de taille moyenne. En effet, les ressources commerciales sont marginales dans les bilans de ce type de collectivité. En France, on compte actuellement 23 réseaux sur 290 où la gratuité est totale. A vrai dire, qu’il s’agisse de bus, de musée ou de place publique, la logique comptable est toujours sauve. Comme le dit l’économiste Philippe Moati « l’apparente gratuité masque un déplacement de la monétisation vers des modalités de paiement indirectes ou différées ». Même dans les fameuses « Banque du Temps », système d’échange de services et de moyens, de houleux débats essaient de savoir si le temps représente de l’échange comptable ou bien relève du don de soi…

Peut-être n’est-il justement pas nécessaire de trancher. Car, archétype pour archétype,  la vie communautaire telle que les anciens la pratiquaient était régie aussi par la mise en commun et le principe de partage sans contrepartie. Pour le bien-être de tous sans distinction. Aujourd’hui, de plus en plus d’expériences dans le monde attestent de ce désir profond de réactiver cette ancestrale économie du don.

Donner pour donner, tout donner… Je ne sais pas si c’est la seule façon de vivre chère France Gall, mais je crois par contre que c’est un nécessaire contrepoids aux outrances actuelles du marché. En France, la République avait pourtant immédiatement inscris le désintéressement au frontispice de son grand projet humaniste. Oui, la Fraternité n’a que faire des équivalences ni des compensations, des pendants ni des péréquations : l’équilibre du cœur est invisible pour les yeux…

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Quand j’ai commencé mes études…

C’est jeudi, c’est poésie ! Bon, à vrai dire je me laisse la liberté que ce soit aussi le lundi, le mardi, le mercredi, le jeudi, le vendredi. Et même le dimanche, tant je suis moins attaché au principe de la rime qu’à la liberté du vers libre.

Aujourd’hui, ce poème de Walt Whitman (1819 – 1892), considéré comme un des contributeurs majeurs de la poésie américaine. Autodidacte devenu instituteur, imprimeur et journaliste, il s’inscrit dans l’âge d’or d’une Amérique du Nord que ne déchirait pas encore la guerre de Sécession. Thoreau, Emerson, Whitman… Autant de figures créatrices d’une voie nouvelle, animés d’un élan intrinsèquement américain. Un verbe et une sagesse qui, s’appropriant celles de l’Europe et de l’Asie, allaient formuler de nouveaux concepts influençant en retour le vieux continent (la « désobéissance civile » par exemple). Un style et une vision inédits, qui font dire à Kenneth White : « Ce fut un moment américain, mais il dépasse largement l’Amérique. C’est un des plus beaux moments de la culture mondiale. »  Nous reviendrons prochainement sur cet été indien du nouveau continent, dans la première moitié du XIXe siècle, sur la côte Est d’un pays en devenir dont les états étaient loin d’être unis. Et sur Kenneth White, « Figure de liberté » contemporaine incontournable. Mais je suis déjà trop bavard : aujourd’hui, c’est poésie…

Quand j’ai commencé mes études, le premier pas m’a plu si fort,

Le simple fait d’être conscient, ces formes, la faculté de se mouvoir,

Le moindre insecte, le moindre animal, les sens, la vue, l’amour,

Le premier pas, dis-je, m’a impressionné et plu si fort,

Que je ne suis guère allé et n’ai guère voulu aller plus loin,

Je reste sur place et passe les jours de ma vie à chanter mon extase.

Walt Whitman

Crédit photo : Caters News Agency
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