Archives mensuelles de septembre, 2012

Une époque très libre ?

Elle est marrante cette époque… La mise à disposition de l’information et des connaissances n’a jamais été autant facilitée. Découvrir, approfondir, comparer, enquêter,… Mieux réfléchir. Suspendre provisoirement son jugement. Oser le discernement. Et pourtant… Face à ce décloisonnement sans précédent des valeurs et des réalités, une forte résistance au changement se fait actuellement sentir. Un rétropédalage qui a certes toujours existé, mais qui est plus choquant encore dans le contexte d’ouverture technologique exceptionnel que nous vivons aujourd’hui.

Dans son article « Ma réponse aux « élites » qui détestent internet » paru sur Slate.fr la semaine dernière, Titiou Lecoq nous livre par exemple un florilège édifiant des attaques anti-web tenues par de très médiatiques personnages. « Poubelle de toutes les informations » (Alain Finkielkraut), « Certains disent que c’est la liberté, pour moi c’est davantage Vichy » (Luc Ferry), « Une ouverture sur la haine, sur le principe des Likes J’aime/J’aime pas » (Mélanie Laurent), « Un drame de l’humanité » (Mathilde Seigner), « Le Net est la plus belle saloperie qu’ait jamais inventé l’homme » (Jacques Séguéla). Je vous laisse découvrir dans cet article l’étendue des dégâts ainsi que la réponse de ce journaliste.

Cet article fait surtout écho à ce nouvel enjeu sociétal actuellement de toutes les conversations : pour ou contre internet ? Pour ou contre les réseaux sociaux ? Oui, moi aussi j’ai entendu autour de moi des gens d’un très bon niveau intellectuel dire que le pouce J’aime les renvoyait aux arènes des romains. Et partant, que Facebook (et pendant qu’on y est tous les réseaux on-line), c’est du fascisme. Et voilà comment à défaut de franchir « le mur du çon » de notre canard national, on bondit directement au point Godwin. Fin des débats, merci d’être passé. Bien sûr, en la matière on retrouve souvent les mêmes adeptes de la nuance. Chez les élites répondent présent les Finkielkraut, Patrick Sébastien, Nadine Morano,…

Le propos de ce billet n’est pas de justifier Internet, ce terrible monstre qui nous menace tous. L’article de Titiou Lecoq redonne simplement et efficacement les bons arguments. Non, ces attaques primaires me renvoient surtout à d’autres type de fermeture. Quand il y a plus d’un an le pseudo-éditorialiste Eric Zemmour, plus idéologue que journaliste, qualifie le rap de sous-culture, par exemple. Suivi en cela, sur scène, par un Laurent Gerra, pourfendant généralement ce courant musical en perdant soudainement tout sens de l’humour. Il y a tout de même un moment où ces gens devraient gratter un peu derrière les clips de rap commerciaux qui mettent davantage en scène l’univers quotidien d’un Tapie que celui d’un gosse de cité. C’est leur boulot, enfin ! Et le rap conscient, ça leur dit quelque chose ? Et encore, ce blog souhaitant rester concis, je ne passe même pas par la case mariage gay !

Bref, en tout cas je m’interroge. En écoutant résonner ces charges primaires  d’individus « éduqués » qui ne raisonnent plus, je reste perplexe.

Je crois en effet que la liberté individuelle n’est compatible qu’avec l’ouverture d’esprit. Laquelle exige une certaine honnêteté intellectuelle et n’exclut jamais les partis pris. Il ne s’agit pas de dire oui amen à n’importe quoi. Je pense notamment au dossier OGM. Mais quand même, à l’heure du 4G, il faudrait peut-être remettre un peu les cerveaux à l’heure, non ? Surtout les plus influents ! Le projet de « pensée complexe » si cher à Edgar Morin (on y reviendra) ne sortira-t-il donc jamais des sphères universitaires ? Heureusement en effet, d’autres intellectuels, beaucoup moins médiatiques, savent réfléchir avec plus de sang-froid en abordant les nouvelles technologies. Ainsi Michel Serres et son concept de génération Petite Poucette…

Heureusement surtout, en parcourant à nouveau l’article de Titiou Lecoq, je reprends un peu espoir en constatant quelques points communs chez toutes ces élites énervées. Pour une grande partie, ça sent méchamment la naphtaline. La vieille France. Pour une autre partie, ce sont bien sûr des individus qui ne sauraient exister sans leur dose quotidienne de provo. Quelques uns tiennent  des deux : la France à papa qui a besoin d’aboyer.

La caravane passe…

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Prendre ou ne pas prendre des libertés…

A la fin de l’été, Cécile Duflot, notre actuelle ministre de l’Egalité des Territoires et du Logement,  a quelque peu défrayé la chronique en posant avec la cagoule des Pussy Riot. Dans la même période, Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU, surprenait son monde d’une déclaration pour le moins frontale au sommet des Non-Alignés à Téhéran, rappelant vertement à l’ordre l’Iran quant à ses récurrents dérapages négationnistes et racistes. De fait, ce qui pourrait paraître anodin à échelle du quidam devient acte d’héroïsme au niveau de tels décisionnaires. Oui, prendre des libertés avec son gouvernement, son parti, son organe de tutelle nécessite une solide dose de courage. Le fait est suffisamment rare, à ce niveau du moins, pour mériter d’être souligné. Et d’y trouver alibi pour quelques salutaires bouffées d’optimismes, fussent-elles éphémères.

S’émanciper du groupe quand celui-ci reste coincé dans les différents enjeux qui justifient son existence est toujours un acte de courage. « Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne », tonnait un certain Jean-Pierre Chevènement. On retrouve ce réflexe de solidarité de groupe pratiquement partout. Plus qu’un réflexe, un principe constitutif du groupe. Qu’il s’agisse de ligne du parti ou de ligne éditoriale, de culture d’entreprise ou de posture syndicale,  il s’agit de toujours chanter  ensemble la même chanson. De fredonner les mêmes éléments de langage… Quitte à faire dans le pléonasme pour enfoncer le clou comme le fameux « programme commun » de 1972. En dynamique de groupe, on nous rappelle par ailleurs, tel un axiome indiscutable, que la vérité dégagée par le groupe est toujours supérieure à celle formulée par l’individu isolé. Rendez-vous ce matin en salle B203 pour une séance de brainstorming svp ! N’en déplaise aux coachs du formatage des esprits, la réalité est plus subtile. La dialectique du groupe et de l’individu mérite mieux… Un certain Spinoza (encore lui !) nous rappelait, pour l’avoir douloureusement vécu, que « ce n’est pas parce qu’une vérité n’est pas acceptée par un grand nombre d’individus qu’elle cesse d’être vraie ».

Comment un  bon soldat peut-il oser se muer, temporairement, en électron libre ?  Dans quel contexte ? La réponse est à trouver dans l’éternelle logique des rapports de forces. Le gouvernement Ayrault ne saurait par exemple se mettre à dos les écologistes alors qu’on commence déjà à s’impatienter à gauche de la gauche. De même l’Iran est-elle suffisamment isolée aujourd’hui, en raison de son peu rassurant programme nucléaire , pour que l’on puisse s’autoriser sans conséquences à critiquer ouvertement le « Guide ». Il n’empêche, une telle attaque contre ce « Guide » constitue justement une première. Que les rapports de force soient favorables n’enlèvent en rien au courage de telles prises de position. Chapeau, Mr Ban Ki-Moon !

Sur le dossier de la Syrie, comme sur bien d’autres par le passé, l’ONU est toujours aussi paralysée par sa mécanique des vétos. De même la marge de manoeuvre du gouvernement actuel reste-t-elle ténue au regard du marasme conjoncturel autant que des  inerties structurelles. C’est précisément dans ces moments de paralysie du groupe, agrippé à son conformisme inquiet, accroché à préserver un équilibre sans avenir, que l’initiative individuelle peut débloquer les situations. Or, pour sortir de la rhétorique officielle, il faut souvent provoquer, attaquer, décaler. Mieux : c’est précisément ce style incisif, dérangeant, qui peut à un certain moment ouvrir de nouvelles possibilités.

Un temps pour tout sous le soleil ? Pour faire avancer le schmilblik, un temps pour les hérauts de la cohésion, un temps pour les héros de la transgression…

Crédit photo : free-pussy-riot-eelv

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