Une époque très libre ?

Elle est marrante cette époque… La mise à disposition de l’information et des connaissances n’a jamais été autant facilitée. Découvrir, approfondir, comparer, enquêter,… Mieux réfléchir. Suspendre provisoirement son jugement. Oser le discernement. Et pourtant… Face à ce décloisonnement sans précédent des valeurs et des réalités, une forte résistance au changement se fait actuellement sentir. Un rétropédalage qui a certes toujours existé, mais qui est plus choquant encore dans le contexte d’ouverture technologique exceptionnel que nous vivons aujourd’hui.

Dans son article « Ma réponse aux « élites » qui détestent internet » paru sur Slate.fr la semaine dernière, Titiou Lecoq nous livre par exemple un florilège édifiant des attaques anti-web tenues par de très médiatiques personnages. « Poubelle de toutes les informations » (Alain Finkielkraut), « Certains disent que c’est la liberté, pour moi c’est davantage Vichy » (Luc Ferry), « Une ouverture sur la haine, sur le principe des Likes J’aime/J’aime pas » (Mélanie Laurent), « Un drame de l’humanité » (Mathilde Seigner), « Le Net est la plus belle saloperie qu’ait jamais inventé l’homme » (Jacques Séguéla). Je vous laisse découvrir dans cet article l’étendue des dégâts ainsi que la réponse de ce journaliste.

Cet article fait surtout écho à ce nouvel enjeu sociétal actuellement de toutes les conversations : pour ou contre internet ? Pour ou contre les réseaux sociaux ? Oui, moi aussi j’ai entendu autour de moi des gens d’un très bon niveau intellectuel dire que le pouce J’aime les renvoyait aux arènes des romains. Et partant, que Facebook (et pendant qu’on y est tous les réseaux on-line), c’est du fascisme. Et voilà comment à défaut de franchir « le mur du çon » de notre canard national, on bondit directement au point Godwin. Fin des débats, merci d’être passé. Bien sûr, en la matière on retrouve souvent les mêmes adeptes de la nuance. Chez les élites répondent présent les Finkielkraut, Patrick Sébastien, Nadine Morano,…

Le propos de ce billet n’est pas de justifier Internet, ce terrible monstre qui nous menace tous. L’article de Titiou Lecoq redonne simplement et efficacement les bons arguments. Non, ces attaques primaires me renvoient surtout à d’autres type de fermeture. Quand il y a plus d’un an le pseudo-éditorialiste Eric Zemmour, plus idéologue que journaliste, qualifie le rap de sous-culture, par exemple. Suivi en cela, sur scène, par un Laurent Gerra, pourfendant généralement ce courant musical en perdant soudainement tout sens de l’humour. Il y a tout de même un moment où ces gens devraient gratter un peu derrière les clips de rap commerciaux qui mettent davantage en scène l’univers quotidien d’un Tapie que celui d’un gosse de cité. C’est leur boulot, enfin ! Et le rap conscient, ça leur dit quelque chose ? Et encore, ce blog souhaitant rester concis, je ne passe même pas par la case mariage gay !

Bref, en tout cas je m’interroge. En écoutant résonner ces charges primaires  d’individus « éduqués » qui ne raisonnent plus, je reste perplexe.

Je crois en effet que la liberté individuelle n’est compatible qu’avec l’ouverture d’esprit. Laquelle exige une certaine honnêteté intellectuelle et n’exclut jamais les partis pris. Il ne s’agit pas de dire oui amen à n’importe quoi. Je pense notamment au dossier OGM. Mais quand même, à l’heure du 4G, il faudrait peut-être remettre un peu les cerveaux à l’heure, non ? Surtout les plus influents ! Le projet de « pensée complexe » si cher à Edgar Morin (on y reviendra) ne sortira-t-il donc jamais des sphères universitaires ? Heureusement en effet, d’autres intellectuels, beaucoup moins médiatiques, savent réfléchir avec plus de sang-froid en abordant les nouvelles technologies. Ainsi Michel Serres et son concept de génération Petite Poucette…

Heureusement surtout, en parcourant à nouveau l’article de Titiou Lecoq, je reprends un peu espoir en constatant quelques points communs chez toutes ces élites énervées. Pour une grande partie, ça sent méchamment la naphtaline. La vieille France. Pour une autre partie, ce sont bien sûr des individus qui ne sauraient exister sans leur dose quotidienne de provo. Quelques uns tiennent  des deux : la France à papa qui a besoin d’aboyer.

La caravane passe…

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