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Prendre ou ne pas prendre des libertés…

A la fin de l’été, Cécile Duflot, notre actuelle ministre de l’Egalité des Territoires et du Logement,  a quelque peu défrayé la chronique en posant avec la cagoule des Pussy Riot. Dans la même période, Ban Ki-Moon, secrétaire général de l’ONU, surprenait son monde d’une déclaration pour le moins frontale au sommet des Non-Alignés à Téhéran, rappelant vertement à l’ordre l’Iran quant à ses récurrents dérapages négationnistes et racistes. De fait, ce qui pourrait paraître anodin à échelle du quidam devient acte d’héroïsme au niveau de tels décisionnaires. Oui, prendre des libertés avec son gouvernement, son parti, son organe de tutelle nécessite une solide dose de courage. Le fait est suffisamment rare, à ce niveau du moins, pour mériter d’être souligné. Et d’y trouver alibi pour quelques salutaires bouffées d’optimismes, fussent-elles éphémères.

S’émanciper du groupe quand celui-ci reste coincé dans les différents enjeux qui justifient son existence est toujours un acte de courage. « Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne », tonnait un certain Jean-Pierre Chevènement. On retrouve ce réflexe de solidarité de groupe pratiquement partout. Plus qu’un réflexe, un principe constitutif du groupe. Qu’il s’agisse de ligne du parti ou de ligne éditoriale, de culture d’entreprise ou de posture syndicale,  il s’agit de toujours chanter  ensemble la même chanson. De fredonner les mêmes éléments de langage… Quitte à faire dans le pléonasme pour enfoncer le clou comme le fameux « programme commun » de 1972. En dynamique de groupe, on nous rappelle par ailleurs, tel un axiome indiscutable, que la vérité dégagée par le groupe est toujours supérieure à celle formulée par l’individu isolé. Rendez-vous ce matin en salle B203 pour une séance de brainstorming svp ! N’en déplaise aux coachs du formatage des esprits, la réalité est plus subtile. La dialectique du groupe et de l’individu mérite mieux… Un certain Spinoza (encore lui !) nous rappelait, pour l’avoir douloureusement vécu, que « ce n’est pas parce qu’une vérité n’est pas acceptée par un grand nombre d’individus qu’elle cesse d’être vraie ».

Comment un  bon soldat peut-il oser se muer, temporairement, en électron libre ?  Dans quel contexte ? La réponse est à trouver dans l’éternelle logique des rapports de forces. Le gouvernement Ayrault ne saurait par exemple se mettre à dos les écologistes alors qu’on commence déjà à s’impatienter à gauche de la gauche. De même l’Iran est-elle suffisamment isolée aujourd’hui, en raison de son peu rassurant programme nucléaire , pour que l’on puisse s’autoriser sans conséquences à critiquer ouvertement le « Guide ». Il n’empêche, une telle attaque contre ce « Guide » constitue justement une première. Que les rapports de force soient favorables n’enlèvent en rien au courage de telles prises de position. Chapeau, Mr Ban Ki-Moon !

Sur le dossier de la Syrie, comme sur bien d’autres par le passé, l’ONU est toujours aussi paralysée par sa mécanique des vétos. De même la marge de manoeuvre du gouvernement actuel reste-t-elle ténue au regard du marasme conjoncturel autant que des  inerties structurelles. C’est précisément dans ces moments de paralysie du groupe, agrippé à son conformisme inquiet, accroché à préserver un équilibre sans avenir, que l’initiative individuelle peut débloquer les situations. Or, pour sortir de la rhétorique officielle, il faut souvent provoquer, attaquer, décaler. Mieux : c’est précisément ce style incisif, dérangeant, qui peut à un certain moment ouvrir de nouvelles possibilités.

Un temps pour tout sous le soleil ? Pour faire avancer le schmilblik, un temps pour les hérauts de la cohésion, un temps pour les héros de la transgression…

Crédit photo : free-pussy-riot-eelv

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