LU YU, le vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise.

Les éditions Moudarren, spécialistes de la poésie « d’inspiration tao et zen », rééditent cette année l’excellent ouvrage sur le poète  chinois Lu Yu, ouvrage qu’ils avaient publié pour la première fois en 1995. Une nouvelle édition qui ne faillit pas à la tradition maison d’une reliure à la chinoise et d’un texte bilingue. Li Po, Han Shan, Tao Yuan Ming, Ryokan, Bassho, Issa,… Autant d’auteurs qui ont la particularité commune d’avoir pris beaucoup de liberté avec leur « religion » de référence, qu’il s’agisse du taoïsme ou du bouddhisme zen.

Cette qualité d’indépendance est particulièrement frappante chez Lu Yu, le poète qui chinois qui avait de sa propre initiative pris le nom de lettré de Fang Weng : « le vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise ». Tout un programme. Dans la grande tradition des sages excentriques tels qu’a pu en produire l’empire du milieu, Lu Yu est un poète prolixe du XIIème siècle qui publiera lui-même la collection choisie de ses poèmes, soit 2500 poèmes classés en vingt chapitres. Issu d’une famille de mandarins lettrés, il découvre à 14 ans le poète et philosophe Tao Yuan Ming (365-427), « amoureux du vin et des chrysanthèmes ». Qu’il s’agisse de sa propre carrière de fonctionnaire comme de son chemin spirituel, il restera toute sa vie attaché à son indépendance. Son franc-parler et son intégrité lui vaudront plus d’une fois les foudres du pouvoir. Son attrait pour le taoïsme et le bouddhisme ch’an (zen en japonais), sur fond d’éducation confucéenne, ne l’empêcheront pas de mener joyeuse vie. Boire du vin, écrire, chanter des poèmes,.. A 47 ans seulement, il pense déjà à se retirer pour mener la vie d’un poète paysan. Il lui faudra attendre son limogeage à 65 ans, subissant le couperet d’une censure considérant ses poèmes comme « chansons de vent et de lune ». Son apparente désinvolture et son excentricité avaient fini par lasser. Nul doute que ce non-conformiste fort peu soucieux de sa carrière a, tout au long de sa peu banale existence,  chéri la liberté avec la plus grande sincérité…

Il meurt à 84 ans, attribuant son exceptionnelle longévité à la pratique régulières des exercices taoïstes qui « nourrissent la vie » autant qu’à la simplicité et à la sérénité de son existence. Ainsi dans un de ses poèmes : « (…) massages et exercices respiratoires sont certes bénéfiques mais fastidieux. Rien ne vaut de balayer par terre, c’est là une recette facile pour prolonger la vie ».

Tantôt malicieuse, tantôt grave, mais toujours rafraîchissante et profonde,  la poésie de Lu Yu est fortement recommandée pour revivifier la liberté intérieure.

Promenade dans la campagne (69 ans)

Les papillons dansent au-dessus du potager

les tourterelles roucoulent dans les champs de blé

encore ensoleillés

profitant de l’ombre de temps à autre je fais

une pause, puis suis le sentier en marchant à pas lents

une femme du village m’observe à travers sa clôture

un vieillard de la montagne essuie un siège

pour m’accueillir

à la Cour, en ville, où trouver cela,

un sourire pour réconforter mes vieilles années ?

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